Site indépendant, non affilié à l'association Art 8 ni à la Maison des arts Yishu 8. Il retrace, à partir de sources publiques, l'histoire du Prix Yishu 8 et des artistes qu'il a accompagnés.

Regards Paris–Pékin

Chroniques indépendantes du dialogue artistique franco-chinois et du Prix Yishu 8

· archives de octobre 2026

Que sont devenus les lauréats du Prix Yishu 8 ? Quatre parcours en 2025-2026

La Seine, la passerelle des Arts et le Louvre au lever du jour, à Paris
Photo d'illustration : La Seine, la passerelle des Arts et le Louvre au lever du jour, à Paris. rawpixel (CC0, crédits)

De 2011 à 2019, le Prix Yishu 8 a envoyé chaque année de jeunes artistes français travailler trois mois à Pékin, dans la Maison des arts installée dans l'ancienne Université franco-chinoise. Une résidence ne fait pas une carrière, mais elle laisse des traces : plusieurs lauréats ont depuis exposé dans des musées, reçu d'autres prix ou obtenu des commandes publiques. Voici où en sont quatre d'entre eux à l'automne 2026, d'après les annonces des institutions qui les exposent. La liste complète des lauréats figure sur notre page consacrée aux prix Yishu 8.

Lionel Sabatté (lauréat 2011) : tout le musée de la Chasse et de la Nature

Lauréat de la toute première promotion, Lionel Sabatté travaille avec des matériaux à la frontière du vivant et du rebut : poussière, rouille, laine, clous, béton. L'oxydation est au cœur de son procédé, et les animaux reviennent sans cesse dans ses sculptures et ses dessins.

Depuis le 15 octobre 2026 et jusqu'au 21 février 2027, le musée de la Chasse et de la Nature, rue des Archives à Paris, lui consacre une exposition personnelle qui occupe l'ensemble du musée : « Ce qui reste ». Selon la présentation publiée par la Ville de Paris, le parcours réunit peintures, dessins, sculptures et tapisseries, pour la plupart inédits. Il s'ouvre dans la cour avec « Mort fertile », un cerf monumental en bronze dont les bois s'enfoncent dans le sol, puis se poursuit dans les salles temporaires et dans les collections permanentes, où cerfs, loups, sangliers, ours, chiens et oiseaux apparaissent sous des formes altérées. Le musée n'est pas une adresse nouvelle pour lui : il y avait déjà présenté « La sélection de parentèle » en 2017 (voir notre billet de l'époque).

L'année 2025 avait été celle d'une reconnaissance nationale : Lionel Sabatté figurait parmi les quatre artistes nommés pour le prix Marcel Duchamp 2025, aux côtés de Bianca Bondi, Eva Nielsen et Xie Lei. L'exposition des nommés s'est tenue au musée d'Art moderne de Paris du 26 septembre 2025 au 22 février 2026, et le prix a été attribué à Xie Lei le 23 octobre 2025. En 2026, l'artiste a aussi présenté une installation dans le programme public d'Art Basel Paris, au square Jean-Perrin, et exposé dans le Lot, autour de Saint-Cirq-Lapopie et de Cajarc.

Claire Tabouret (lauréate 2012) : les vitraux de Notre-Dame

C'est sans doute le parcours le plus visible. Le 18 décembre 2024, l'Élysée et le diocèse de Paris ont annoncé que le groupement formé par Claire Tabouret et l'atelier Simon-Marq, maître verrier à Reims, était retenu pour réaliser de nouveaux vitraux dans six chapelles du bas-côté sud de la nef de Notre-Dame de Paris. Ils remplacent six des sept verrières posées en 1864 lors de la restauration conduite par Viollet-le-Duc, et chacun illustre un verset sur la Pentecôte choisi par le diocèse.

Le projet reste discuté : des défenseurs du patrimoine contestent le remplacement des verrières du XIXe siècle. Le calendrier, lui, se précise. Le 23 juillet 2026, l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris a indiqué que les vitraux, en cours de fabrication à Reims, seraient posés en octobre et novembre, pour être dévoilés au public en décembre 2026. Les maquettes avaient auparavant été présentées au Grand Palais, à partir de décembre 2025.

Peintre avant tout, installée à Los Angeles depuis plusieurs années, Claire Tabouret était déjà suivie de près par l'ancien site dès 2014, de ses premières galeries à son exposition au Drawing Center de New York en 2015.

Claire Chesnier (lauréate 2013) : Tours, l'Orangerie, Tokyo

Claire Chesnier peint à l'encre, sur papier, de grandes surfaces de couleur qui évoquent des ciels, des aubes ou des couchants. Lauréate du Prix Yishu 8 en 2013, elle avait reçu peu après le prix Fénéon, ce que l'ancien site avait salué dans un billet de 2015.

Sa galerie parisienne, Ceysson & Bénétière, a présenté ses œuvres récentes du 5 décembre 2024 au 25 janvier 2025 sous le titre « Un rose, une rosée, un couchant ». Le Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCC OD), à Tours, lui a ensuite confié sa galerie blanche pour une exposition personnelle, « Une éclaircie à la verticale », ouverte le 6 juin 2025 et prolongée jusqu'au 1er février 2026. Au printemps et à l'été 2025, une de ses œuvres figurait aussi dans l'exposition collective « Dans le flou, une autre vision de l'art de 1945 à nos jours » au musée de l'Orangerie. La galerie annonce pour 2026 une exposition personnelle dans son espace de Tokyo.

Nathanaëlle Herbelin : le dialogue avec les Nabis

Nathanaëlle Herbelin figure, avec Édouard Baribeaud et Jonas Delhaye, parmi les lauréats que l'ancien site associait à l'édition 2019, la dernière ; les sources de l'époque se contredisent parfois sur cette promotion. Son parcours récent, lui, est bien documenté. Du 12 mars au 30 juin 2024, le musée d'Orsay lui a consacré une exposition, « Être ici est une splendeur », qui confrontait ses tableaux, scènes d'intérieur et portraits de proches, à la peinture des Nabis conservée par le musée. Sa galerie parisienne, Jousse Entreprise, a présenté une nouvelle exposition personnelle du 16 octobre au 22 novembre 2025, accompagnée d'une monographie.

Ce que disent ces parcours

Quatre trajectoires ne font pas une statistique, et il serait abusif d'attribuer ces réussites à trois mois passés à Pékin. Elles montrent pourtant ce que visait le prix : repérer des artistes au début de leur carrière, souvent juste après l'école, et leur offrir un temps de travail loin de leurs habitudes. Plusieurs d'entre eux ont raconté ce que ce séjour avait déplacé dans leur pratique : leurs témoignages sont réunis dans les récits de résidence.

Pour voir leurs œuvres cet hiver à Paris, deux rendez-vous suffisent : l'exposition de Lionel Sabatté au musée de la Chasse et de la Nature, jusqu'au 21 février 2027, et, si le calendrier annoncé est tenu, les vitraux de Claire Tabouret à Notre-Dame à partir de décembre. Les dates et les conditions de visite sont à vérifier auprès des lieux avant de se déplacer.

Sources

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